Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?

by - 21 mai


« On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter » 
Jean de la Fontaine

C’est un article plus personnel que je vous propose aujourd’hui, sur un sujet qui me tient à cœur : l’orientation.

Je trouve qu’en France, à l’instar des pays anglo-saxons notamment, nous sommes encore trop fermés. Les parcours « atypiques » sont souvent dévalorisés et ce qui pourrait pourtant être un avantage devient alors un handicap.

Tout commence en 3ème, à seulement 14 ou 15 ans on nous demande alors déjà de choisir entre la voie professionnelle et la voie générale. Sauf qu’en réalité, lorsqu’on est bon élève, le choix nous est imposé d’office. Les filières professionnelles sont mal vues et il est impensable pour un élève qui a plus de 12 de moyenne de ne pas choisir la voie générale. 

Comme la plupart des ados n’ont aucune idée de ce qu’ils veulent faire « plus tard » ils choisissent la voie générale histoire de ne pas se fermer de portes.

A l’issue de la seconde, même rengaine. Lorsqu’on est bon élève, on est envoyé en filière Scientifique. Ce fut mon cas car là encore, je ne voulais pas me fermer de portes.

Une fois en terminale, on nous demande de formuler nos « vœux » mais d’un établissement à l’autre, cela n’a pas le même sens. Quand dans les grands lycées parisiens on vous parle d’hypokhâgne, de Sciences-Po ou encore des grandes écoles d’ingénieurs et de commerce, dans les petits lycées de banlieue ou de province, la plupart des élèves sont totalement perdus face à ces choix. Sans un entourage un peu « au courant », on n’a bien souvent aucune idée concrète de ce qui nous attend si l’on opte pour l’une ou l’autre de ces options.

Pour moi, les choses étaient pourtant très claires : je voulais être journaliste depuis que j’avais 6 ans. 

J’ai donc fait des recherches de mon côté pour découvrir que seules 13 filières étaient reconnues par la profession en France. Dans la plupart des cas, il fallait avoir minimum un bac +2 pour tenter les concours d’entrée alors il a fallu que je choisisse une licence. 

Etant également tentée par le droit, je me suis inscrite en première année en me disant que quitte à n’avoir aucune idée d’où je mettais les pieds, au moins je ne serais pas la seule étant donné qu’on n’étudie pas le droit au lycée (sauf quelques heures dans certaines filières) et que cela demeurait une « nouveauté ».

J’ai vite accroché avec le système de la fac, cette liberté d’emploi du temps, l’autonomie qui va avec… Alors que certains de mes camarades étaient complètement déboussolés de ne plus avoir de cadre, moi je le vivais comme un vrai bol d’air.

Trois ans plus tard, je validais ma licence avec mention sans trop forcer.

C’est là que tout s’est compliqué. Je me suis retrouvée seule face aux inscriptions aux concours, à leur préparation … J’avais beau avoir quelques contacts dans le milieu du journalisme, c’était très dur de mesurer ce qu’on attendait de moi et ma première tentative fut un échec cuisant. 

Après une première remise en question, j’ai décidé de retenter l’aventure l’année suivante en me préparant mieux, en effectuant des stages, en essayant d’être publiée régulièrement histoire de booster mon dossier.

J’ai repassé les concours en croisant les doigts pour que cela fonctionne car je n’avais pas de plan B.

Malheureusement, les résultats se sont avérés les mêmes … ou presque. En prenant connaissance de mes notes, je me suis aperçue que les articles dont j’étais la moins fière, qui me semblaient « creux » et dénués d’intérêt m’avaient valu de très bonnes notes alors que ceux qui me tenaient à cœur étaient affublés d’un pauvre 3.5/30.

De ce constat, est née une nouvelle remise en question sur ce qu’être journaliste signifiait vraiment pour moi. J’en suis arrivée à la conclusion que ces écoles n’étaient pas ce que je recherchais et il a fallu que je trouve un plan B rapidement pour ne pas perdre encore une année. 

J’avais le choix entre repartir de zéro ou reprendre le droit après deux années d’interruption.

J’ai fini par trouver un Master de Droit de l’Environnement à Paris 1 qui me plaisait, j’y ai postulé sans trop y croire en me demandant comment justifier ces deux ans mais finalement j’ai été acceptée et j’ai pu retourner sur les bancs de la fac.

Passer de ma petite fac de banlieue à la Sorbonne, après deux ans sans faire de droit, n’a pas été simple. J’ai raté mon premier semestre et il a fallu redoubler d’efforts pour obtenir mon année sans passer par la case rattrapage. J’ai réussi de justesse, notamment grâce au sport que je pratiquais avec l’Association Sportive de Paris 1 et qui m’a rapporté quelques points supplémentaires.

Mais tout restait à faire car si le passage de la licence au Master est compliqué, ce n’est rien par rapport à la galère d’être admis en Master 2. 

Impossible pour moi de continuer avec le droit de l’environnement à la Sorbonne, les quelques places disponibles étant réservées aux meilleurs élèves. J’ai tenté celui de Sceaux sans succès. 

Et puis j’ai élargi mes horizons de recherche et j’ai fini par trouver le Master 2 Droit du Tourisme, également à Paris 1. C’était une nouvelle matière dont j’ignorais tout mais je n’en étais plus à ça près. J’ai postulé et j’ai finalement été acceptée.

Ce Master m’a permis de découvrir une nouvelle branche du droit qui m’a beaucoup plu et surtout de réaliser un de mes rêves : vivre dans les Landes pendant 6 mois pour mon stage de fin d’études. 

A mon retour à Paris, j’ai refait un stage en cabinet d’avocat cette fois afin de mettre en pratique mes cours et cela m’a conforté dans ce domaine.

A l’issue de ces 3 mois, je me suis retrouvée diplômée, avec mention et à la recherche de mon premier emploi en tant que juriste spécialisée en droit du tourisme. 

C’est là que j’ai découvert à quel point il était difficile d’avoir un parcours atypique en France.

Pendant 8 mois, j’ai postulé à des centaines d’offres, pas nécessairement dans le Tourisme car j’ai vite dû élargir mes recherches, en recevant toujours la même réponse « profil trop spécialisé ». Ma conseillère APEC m’avait prévenue, en France les recruteurs attendent des candidatures en « copié-collé » par rapport à l’offre. Qu’importe que j’aie fait 5 ans de droit si le nom de mon Master n’était pas celui qui figurait sur l’annonce … 

Au bout de 8 mois, j’ai fini par envoyer ma candidature pour un poste d’assistante juridique dans un grand cabinet d’avocat. Ce n’était pas ce que je voulais mais il fallait bien commencer quelque part.

Puis, au bout de 2 mois qui m’ont semblé une éternité, une ancienne élève de mon Master avec qui j’étais en contact m’a appelée pour me dire qu’elle quittait son poste et m’a proposée de la remplacer.

Aujourd’hui, je suis toujours en poste, je suis juriste dans mon domaine de prédilection : le Tourisme, et quand je regarde en arrière je ne regrette rien. 

Chaque étape m’a appris, m’a fait grandir, m’a fait progresser et m’a donné confiance en moi. 
J’espère qu’un jour, les recruteurs français seront capables de dépasser leurs a priori sur des parcours comme le mien et de permettre à des jeunes diplômés de faire leurs preuves avant de décréter que leurs profils sont trop « spécialisés ». 

Si vous avez vécu cela ou que cet article vous parle, je serais ravie de lire vos commentaires !  


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